Charles BAUDELAIRE (1821-1867)

Charles Baudelaire est né à Paris le 9 avril 1821. Il n’a que six ans lorsqu’il perd son père. La stricte discipline que son beau-père lui inflige, les vexations du collège alimentent sa révolte.

Je t’ai rêvée ce soir au fond d’une ambulance
Qui me raccompagnait vers mes verts paradis

En 1837, il obtient le deuxième prix de vers latins au concours général. Deux années plus tard, il se fait renvoyer de son lycée en raison de son impertinence. Il commence alors à fréquenter la bohème parisienne.

En 1840, il rencontre Gérard de Nerval et Honoré de Balzac. Il créé avec des amis un groupe baptisé « Ecole normande » où ils écrivent des poèmes et chansons.

Fier de ton déshonneur de poète estropié
Tu jouis comme un phénix ivre mort sous les flammes

En mars 1842, il rencontre Jeanne Duval, qui deviendra sa muse. A sa majorité, il reçoit l’héritage paternel et entame la vie dorée de bohème riche. Il use de l’opium et du haschich et contracte de lourdes dettes.
En 1844, mis sous tutelle par le conseil de famille et jouissant désormais d’une rente trop maigre, il est contraint d’écrire pour vivre : il s’imposera vite dans la critique d’art comme un maître du genre. L’année suivante, il fera deux tentatives de suicide : « Je me tue parce que je suis inutile aux autres et dangereux à moi-même ».

En juillet 1849, il commence la traduction des œuvres d’Edgar Allan Poe, travail qu’il continuera jusqu’en 1865.

Ce sont des loups frileux au bras d’une autre mort
Piétinant dans la boue les dernières fleurs du mal

En 1857, il publie Les Fleurs du mal contenant tous ses poèmes écrits depuis 1840. Le recueil, qui sera poursuivi pour « outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs », se verra amputé de six poèmes. Une deuxième édition comportant trente-cinq nouvelles pièces verra le jour en 1861.
Après la rupture avec Jeanne en 1862, Baudelaire vit quelques années pathétiques. Sa force physique et morale n’a cessé de se délabrer.

En 1866, il parvient à publier les 6 poèmes censurés dans une nouvelle édition des Fleurs du mal. Au cours d’un voyage en Belgique, il est frappé par une attaque cérébrale.
Aphasique, hémiplégique et atteint de la syphilis, il meurt à Paris le 31 août 1867 vers onze heures du matin dans les bras de sa mère, sans avoir pu réaliser le projet d’une édition définitive, comme il la souhaitait, des Fleurs du Mal, travail de toute une vie.

Baudelaire est mort hier, à 11 heures du matin,
En zoomant d’apaisantes nuées crépusculaires,
Fatigué d’un été qui le rongeait sans fin
& de l’hargneuse odeur des furies sanitaires


Le spleen, les paradis artificiels, la luxure, la mort ou la religion sont quelques-uns des thèmes empruntés aux Fleurs du mal récurrents dans l’œuvre de Thiéfaine.
Tous ceux qui ont conscience de leur différence mais se sentent incompris, tels les poètes maudits de la génération de Baudelaire, ne peuvent rester insensibles à l’Albatros, poème extrait de la section Spleen et idéal des Fleurs du mal

L’Albatros
Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

À peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !
L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.