DIOGENE DE SINOPE (413-327 av.J.-C.)

Diogène est un philosophe grec né en 413 avant J.-C. à Sinope en Turquie, sur les bords méridionaux de la Mer noire.

Clochard à Buzenval-Station
Ou à Rockabilly-Picpus

Son père Ikésios, changeur en son état, fut emprisonné et Diogène dut s’exiler pour avoir interprété l’injonction de l’oracle de Delphes « to politikon nomisma » comme un droit de falsifier la monnaie. C’est bien plus tard que Diogène comprendra le double sens de la formule, le politikon nomisma désignant tout autant la monnaie que les coutumes et les conventions sociales !

Arrivé à Athènes, Diogène suivit les cours du philosophe Antisthène aux «Cynosarges» (chiens agiles), un gymnase de banlieue réservé aux bâtards et aux étrangers qui devint le berceau de l’École de philosophie dite “Cynique”.

Liberté, liberté, liberté
Une souris verte
Qui courait dans l’herbe

C’est en observant le comportement d’une vulgaire souris que se révéla le secret de la vie. Il constata que l’animal allait et venait, mangeait et dormait selon sa nature et son bon plaisir. Il s’installa donc dans un tonneau (en fait une énorme jarre à grain) et méprisa toute forme de richesse et d’honneurs qui, selon lui, entravaient sa liberté.

On attribue à celui que les Athéniens appelaient “Diogène-le-chien” mille exploits et mille propos vrais ou inventés. La source la plus sérieuse se trouve dans le monumental ouvrage Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres de Diogène Laërce (IIIe siècle). En voici quelques exemples :

Bipède à station verticale
Toujours faut se tenir debout

  • Platon ayant défini l’homme – dans le Sophiste – comme un animal à deux pieds sans plumes, Diogène apporta à l’Académie un coq plumé en riant : Voilà l’Homme selon Platon! La définition aurait alors été complétée par : “qui a des ongles plats et larges”.
  • Une autre fois, déambulant en plein jour, une lanterne allumée à la main, il s’exclama : « Je cherche un homme, un homme véritable qui ait de la superbe !»
  • Un jour qu’il demandait l’aumône à une statue il se justifia ainsi : “Je m’exerce à essuyer des échecs”.

Diogène ! Je te salue
Glaireux blaireau

  • Un homme l’invita dans sa maison en lui sommant de ne pas cracher par terre. Diogène cracha au visage de son hôte car c’était, selon lui, le seul endroit sale qu’il eût trouvé et où il pût le faire.
  • Alors qu’il se masturbait sur la place publique, il s’écria : « Plût au ciel qu’il suffît aussi de se frotter le ventre pour ne plus avoir faim ! »
  • Pendant un repas, on lui jeta des os comme à un chien. Il s’approcha des convives et leur pissa dessus comme l’aurait fait un chien.

Diogène ! Je te salue
Héros de la classe moins zéro

  • Le fils d’une prostituée jetait des pierres sur la foule rassemblée sur une place. Il lança au garçon : « Prends garde de ne pas blesser ton père ! ».
  • Un jour, comme personne n’écoutait son discours, il se mit à gazouiller comme un oiseau et la foule s’amassa autour de lui. Il injuria alors les badauds, en leur démontrant qu’ils venaient vite écouter des sottises, mais que, pour les choses sérieuses, ils ne se pressaient guère.
  • A qui lui reprocha d’avoir fabriqué de la fausse monnaie, il dit : « Il fut en effet un temps où je vous ressemblais, mais vous ne serez jamais ce que je suis maintenant ».

Et lui a dit casse-toi de mon ombre
Tu fous du soleil sur mes pompes

En 336 avant J.-C., Alexandre Le Grand, le jeune roi de Macédoine, vainqueur de la Grèce, rendit visite à Diogène à Corinthe. Il lui demanda s’il souhaitait quelque chose ; en réponse, Diogène lui répliqua « Ôte-toi de mon soleil ».

Deux mille ans avant Nietzsche, Diogène s’est employé à renverser tous les tabous et à déconstruire la société dans ses fondements.

Il mourut à Corinthe en 327 avant J.-C. à l’âge de 86 ans des suites d’une infection (morsure de chien ou ingestion d’un poulpe cru selon les sources).
Plutôt que de livrer son corps en pâture aux chiens conformément à sa volonté, ses amis érigèrent sur sa tombe une colonne surmontée d’un chien en marbre de Paros.

C’est pas parce qu’on n’aime pas les gens
Qu’on doit aimer les chiens