Villes natales et frenchitude

VILLES NATALES ET FRENCHITUDE

(Paroles et musique : H.-F. Thiéfaine)

Clichés de poubelles renversées
Dans la neige au gris jaunissant
Où un vieux clébard estropié
R’niffle un tampon sanguinolant

Givré dans la nuit de Noël
Un clocher balbutie son glas
Pour ce pékin dans les ruelles
Qui semble émerger du trépas

Il vient s’arrêter sur la place
Pour zoomer quelques souvenirs
Fantômes étoilés de verglas
Qui se fissurent et se déchirent

Ici y avait un paradis
Où l’on volait nos carambars
Maint’nant y a plus rien mon zombi
Pas même un bordel ou un bar

Voici la crèche municipale
Sous son badigeon de cambouis
Où les générations foetales
Venaient s’initier à l’ennui

Cow-boys au colt 45
Dans la tendresse bleue des latrines
On était tous en manque d’indiens
Devant nos bols d’hémoglobine

Voici l’canal couvert de glace
Où l’on conserve les noyés
Et là c’est juste la grimace
D’un matou sénile et pelé

Mais ses yeux sont tellement zarbis
Et son agonie si tranquille
Que même les greffiers par ici
Donnent l’impression d’être en exil

Voici la statue du grand homme
Sous le spectre des marronniers
Où l’on croqua la première pomme
D’une quelconque vipère en acné

Et voici les murs du lycée
Où t’as vomi toutes tes quatre heures
En essayant d’imaginer
Un truc pour t’arracher le coeur

Mais t’as jamais vu les visages
De tes compagnons d’écurie
T’étais déjà dans les nuages
A l’autre bout des galaxies

Trop longtemps zoné dans ce bled
A compter les minutes qui tombent
A crucifier de fausses barmaids
Sur les murs glacés de leurs tombes

Un camion passe sur la rocade
Et le vent du Nord se réveille
Mais faut pas rêver d’une tornade
Ici les jours sont tous pareils


Dole, la ville de ton enfance. Interdit de séjour ?
En quelque sorte. Je n’ai plus personne à rencontrer à Dole. Je suis parti depuis trop longtemps. En plus, dans “Villes natales et frenchitude”, j’ai dit des saloperies sur mon enfance dans cet endroit. Je ne pense pas que j’y sois le bienvenu. C’est vrai que j’ai beaucoup été agressé là-bas quand j’étais gosse et que j’ai été content d’en partir très vite, vers dix ans.
Octobre 1998 – Chorus


LeGrizzly (jeudi, 18 septembre 2014 18:03)
Cette chanson semble assez limpide, en tous cas sa couleur autobiographique. Sans doute serait-il intéressant de s’intéresser au pluriel du titre : on a plusieurs villes natales ?
En outre, il est également intéressant de regarder le jeu des pronoms. Jamais de “Je”. Impersonnel au début, puis troisième personne (“ce pékin” / “il”), puis deuxième personne du pluriel ou pronom indéfini (“nous” / “on”), puis deuxième personne du singulier “tu”, puis absence d’instance “trop longtemps zoné” pour un retour à l’impersonnel.
Etrange qu’une chanson dite autobiographique utilise aussi peu la première personne du singulier.