Exil sur planète-fantôme

EXIL SUR PLANÈTE-FANTÔME

(Paroles et musique : H.-F. Thiéfaine)

En ce temps-là nos fleurs vendaient leur viande aux chiens
Et nous habitions tous de sordides tripots
Avec des aiguillages pour nos petits matins
Quand le beau macadam nous traitait de salauds
Nous traitait de salauds

Nous vivions nos vertiges dans des vibrations folles
Et gerbions nos enzymes en nous gueulant moteur
Mais entre deux voyages, entre deux verres d’alcool
Nous n’avions pas le temps de décompter nos heures
De décompter nos heures

Nous étions les danseurs d’un monde à l’agonie
En même temps que fantômes
Conscients d’être mort-nés
Nous étions fossoyeurs d’un monde à l’agonie

En ce temps-là le rien s’appelait quotidien
Et nous allions pointer dans les jobs interdits
Dans les musiques blêmes, dans les sombres parfums
Dans les dédales obscurs où plane la folie
Où plane la folie

Et nous avions des gueules à briser les miroirs
A ne montrer nos yeux que dans le contre-jour
Mais entre deux délires, entre deux idées noires
Nous étions les plus beaux, nous vivions à rebours
Nous vivions à rebours

Nous étions les danseurs d’un monde à l’agonie
En même temps que fantômes
Conscients d’être mort-nés
Nous étions fossoyeurs d’un monde à l’agonie

En ce temps-là les gens s’appelaient citoyens
Nous, nous étions mutants, nous étions androgynes
Aujourd’hui la tempête a lynché mes copains
Et je suis le dernier à rater mon suicide
A rater mon suicide

Mais je veux vivre encore plus ivre de cramé
Je veux ronger le mal jusque dans ses recoins
J’ai traîné mes vingt siècles d’inutilité
Je n’ai plus rien à perdre, mais j’en veux pour ma fin
J’en veux pour ma faim


Vous n’avez donc pas suivi le mouvement en mai 68 ?
Notre philosophie était plutôt très proche de ce qui, à peine dix ans plus tard, allait s’appeler le mouvement punk. Disons qu’on était une poignée de mecs désespérés par leur avenir, dont le mot d’ordre aurait pu se résumer à « suicide et destruction »… et donc alcool et drogues. On avait 20 ans et l’on venait d’inventer le Diabolo Négrita pour faire passer nos gueules de bois ! C’est à cette époque que j’ai écrit les premières versions de « 113ème cigarette sans dormir » ou « Exil sur planète fantôme ».
10 mai 2018 – Causeur.fr