Was ist das Rock’n’roll ?

WAS IST DAS ROCK’N’ROLL ?

(Paroles : H.-F. Thiéfaine – Musique : H.-F. Thiéfaine et Claude Mairet)

200.000 ans déjà que je zone sur la terre
Dans le grognement lourd des groins qui s’entrechoquent
De nature solitaire je me terre pour me taire
Mais mon double pervers joue dans un groupe de rock
J’ai quelque mauvais don d’acrobatie verbale
Surtout les soirs d’hiver quand j’suis black et d’équerre
Tel un Douanier Rousseau du graffiti vocal
J’fais des bulles et des rots en astiquant mes vers
Was ist das, was ist das rock’n’roll ?

J’suis un vieux désespoir de la chanson française
Qui fait blinder ses tiags pour marcher quand ça lose
Ma langue natale est morte dans ses charentaises
Faute d’avoir su swinguer au rythme de son blues
Was ist das, was ist das rock’n’roll ?

Mais je veux de la miouse qui braquemarde et qui beugle
Avec Beethov en sourd, je suis borgne à Toulouse
En attendant d’chanter en braille chez les aveugles
Je sors ma Winchester pour mieux cracher mon blues
Fin d’autorisation de délirer sans fin
J’dois contrôler l’vu-mètre avant qu’ça passe au rouge
Mes idoles défunctées se saoulent avec mon vin
Et traînent leurs feux follets hilares au fond des bouges
Was ist das, was ist das rock’n’roll


“Was ist das rock’n’roll ?”
C’est une question sans réponse d’ailleurs. Le rock’n’roll aussi est une vision, on y met ce qu’on veut. Pour moi, c’est avant tout une critique et une révolte, c’est ce générateur de passions qui m’a poussé à chanter lorsque j’avais quinze ans.
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Sincèrement j’ai hésité entre le Douanier Rousseau et le Facteur Cheval. C’est-à-dire entre deux personnages en dehors des modes qui ont créé leur monde, un univers de naïveté complètement à côté des normes d’une époque, presque un monde d’enfant. Dans mes chansons, je suis comme le Facteur Cheval, je construis ma petite pyramide. A côté.
Mai 1988 – Guitare & Claviers n°85


Je suis un fan de rock. C’est pour ça que j’étais un peu malheureux à mes débuts, on me cataloguait dans le folk-rock. Car ma culture, c’est la musique anglo-saxonne. Dès le moment où j’ai eu un groupe, c’était pour être les Rolling Stones. Alors oui, en 1988, j’avais l’impression d’être mal compris, car je ne faisais pas partie de la chanson française. Et à la fois, dans la rue on ne me reconnaissait pas. Ça allait avec le mec discret que je suis.
Paris Match – 01/12/2017