Médiocratie…

MÉDIOCRATIE

(Paroles : H.-F. Thiéfaine – Musique : Mathieu Monnaert)

Question gun et mâchicoulis GI vaut 2000 hoplites
Mais au rayon philosophie
On est resté chez Démocrite
On joue les chasseurs d’arc-en-ciel
Meublés chez Stark & compagnie
Mais on sort d’un vieux logiciel
Made in Néanderthal-City…

Médiocratiemédiacrité !
Frères humains dans nos quartiers
Ça manque un peu d’humanité
Médiocratie… médiacrité !
Ça manque un peu de verbe aimer
De respect, de fraternité
Médiocratie… médiacrité !

Dans le grand jeu des anonymes
La fiction s’adoube au virtuel
On s’additionne on tchate on frime
Et l’on se soustrait au réel
Baisés grave et manipulés
Devant nos écrans de facebook
On n’a qu’un pseudo pour rêver
Et s’inventer un autre look

Médiocratie… médiacrité !
Frères humains dans nos quartiers
Ça manque un peu d’humanité
Médiocratie… médiacrité !
Ça manque un peu de verbe aimer
De respect, de fraternité
Médiocratie… médiacrité !
Frères humains frangins damnés
Sous la plage y a les pavés
Médiocratie… médiacrité !
Des pavés bien intentionnés
Pour un enfer climatisé
Médiocratie… médiacrité !

Devant toutes ces news qui nous soûlent
Ces flashs qui nous anesthésient
DJ God a perdu la boule
Et mixe à l’envers nos envies
Devons-nous croire à un réveil
Dans l’au-delà des jours fériés
Avec la photo du soleil
Brillant sur nos calendriers ?

Médiocratie… médiacrité !
Frères humains dans nos quartiers
Ça manque un peu d’humanité
Médiocratie… médiacrité !
Ça manque un peu de verbe aimer
De respect, de fraternité
Médiocratie… médiacrité !


« O genus infelix humanum… »
(« O race infortunée des hommes… »)
Lucrèce, De Rerum Natura


Mathieu Monnaert a composé la musique de « Médiocratie », regard acéré sur les dérives d’un monde qui tire vers le bas. Comment t’arranges-tu avec ce manque de profondeur, de chaleur et d’humanité ? En créant ton univers ?
En écrivant justement une chanson comme « Médiocratie » ! Le monde actuel est intéressant sur certains points mais il est vrai qu’il y a comme une dynamique malsaine qui ne pousse pas au dépassement de soi. Ce n’est pas propre à notre époque d’accord mais j’ai quand même l’impression que les choses ne vont pas en s’arrangeant. Quoi qu’il en soit, j’ai toujours aimé la solitude : quand le monde qui m’entoure devient trop pénible, j’ai cette solution de repli.
france3-regions.francetvinfo.fr – 02/07/2015


Plus accessible
Si mes chansons naissent au départ toujours sur le même mode, j’ai sans doute envie d’aller plus loin aujourd’hui dans le registre du vocabulaire ou des métaphores. Je réutilise davantage les mots, les analyse mieux. J’ai envie que mes images soient mieux comprises et plus faciles d’approche. Malgré tout, je chéris encore l’écriture surréaliste car elle laisse du mystère, dicté par cet inconscient qu’on devrait écouter plus souvent. Je reste donc vigilant et veille à trouver un bon équilibre. Mais j’ai désormais rajouté une période d’analyse et de dégrossissage complémentaires des textes. J’ai procédé ainsi pour ‘Médiocratie’, que j’avais en tête depuis longtemps. Je suis parti d’un texte dans l’esprit surréaliste de la Beat Generation, manière Ginsberg ou Burroughs, avant d’éclaircir à maintes reprises le brouillon.
lecourrier.ch – 21/12/2014


Êtes-vous un « chanteur enragé » ?
Oui, assez colérique aussi. Une chanson comme « Médiocratie » traduit ma colère. J’ai toujours été un peu à la marge et n’ai jamais beaucoup aimé les gens de ma génération. Et les choses ne s’améliorent pas vraiment. Voyez tous les gadgets qu’on nous balance et la place qu’ils prennent dans la vie des gens… La révolution de 1789 n’a finalement servi qu’à redonner le pouvoir aux épiciers. Tout programme télé est continuellement interrompu par la publicité. L’économie est devenue une religion, l’acte d’acheter prime sur tout le reste… Je ne voudrais pas démoraliser les troupes, mais on est mal barrés.
Sud-Ouest Dimanche – 30/11/2014