Stratégie de l’inespoir

STRATÉGIE DE L’INESPOIR

(Paroles : H.-F. Thiéfaine – Musique : Pierre Le Feuvre – Jean-François Péculier)

Je croise des soleils aux ardeurs érotiques
Avec des cris perdus sur des sourires de femmes
Bercé par les étoiles d’une essence romantique
J’ai trop longtemps cherché mes visions dans les flammes
Je veux brûler pour toi petite
Je veux brûler pour toi

La vitesse de la lune autour de nos orbites
N’arrête pas les sanglots froids de l’humanité
Et l’oeil désespéré dans son triangle en kit
Semble soudain jaloux de nos fiévreux baisers
Je veux brûler pour toi petite
Je veux brûler pour toi

Je veux brûler pour toi petite
Mais gâche pas mon enfer
Avec ton paradis
Je veux brûler pour toi petite
Mais lâche pas tes prières
Sur mes cris hypocrites

D’aucuns me disent rebelle et d’autres ignifugé
Mais mes divagations n’emmerdent plus personne
Je caresse mon corbeau en chantant Duruflé
Et joue pour les voyous virés de la Sorbonne
Je veux brûler pour toi petite
Je veux brûler pour toi
Je veux brûler pour toi petite
Je veux brûler pour toi

 


Pourquoi ce titre, Stratégie de l’inespoir?
Je l’avais en tête depuis longtemps. C’est aussi un brouillon de texte que j’avais écrit lors d’une rencontre ennuyeuse à La Sorbonne, sur le thème: “La chanson peut-elle être poétique?”
L’inespoir, c’est l’absence d’espoir comme l’absence de désespoir. On est en terrain neutre. C’est une chanson au sens politique général, politique du quotidien car je ne fréquente pas les politiciens. Mais je fais confiance aux mots. Chacun recouvre une idée.

L’express.fr – 06/12/2014


Vous parlez d’« inespoir »…

Être dans l’inespoir rend lucide, mais vous place au centre d’un no man’s land : vous ne vivez ni avec un espoir quelconque ni avec la souffrance du désespoir ou l’affliction. « Il faut imaginer Sisyphe heureux », écrivait Camus.

J’aime cette image, proche de la philosophie hindoue, d’un Sisyphe heureux : « Oui, il faut remonter le rocher. Et quand il sera redescendu, on le remontera. » Paisiblement.

« Inespoir » : je traîne ce titre depuis longtemps. Quand j’ai pensé ce mot, j’ai constaté qu’il n’existait pas dans mes dictionnaires. J’ai alors cru avoir inventé ce néologisme, comme cela a pu m’arriver par le passé : quand je n’ai pas le mot, je l’invente. J’ai découvert ensuite que Verlaine et Drieu la Rochelle l’avaient déjà employé. Ayant lu ces auteurs, j’avais dû l’emmagasiner dans mon inconscient et il a ressurgi. Donc je pense qu’il faut arrêter d’enlever des mots des dictionnaires.

Sud-Ouest Dimanche – 30/11/2014