22 mai

22 MAI

(Paroles et musique : H.-F. Thiéfaine)

22 mai 1968
3 heures de l’après-midi
Le printemps qui refleurit
Fait transpirer le macadam
Sur l’autoroute de l’Ouest
Un séminariste à moto
J’ai bien dit à moto
Roule à toute allure vers un point non défini
Sur le porte-bagages
Le Saint-Esprit qui jusque-là
Etait resté bien sagement assis
Se coince soudain l’aile gauche
Dans les rayons de la roue arrière
Ah ! Ah ! Ah !
Le séminariste perd le contrôle de sa motocyclette
Et vient percuter de plein fouet
Un pylône garé en stationnement illicite
Sur le bas-côté de l’autoroute
A ce même moment un Chinois de Hambourg
Déguisé en touriste américain
Au volant d’un cabriolet de 22 chevaux
Immatriculé en Espagne
Se dit qu’il lui faut porter secours à ce séminariste
Mais bientôt cette idée lui paraît ridicule
Etant donné :
Petit a : qu’il ne roule pas sur la même autoroute
Petit b : qu’il n’est pas au courant de cet accident
Et ce fut sans doute
L’événement le plus important de ce mois de mai !


Avez-vous été imprégné de ce mouvement contestataire et nihiliste ?
Quand j’étais à la fac à la fin des années 60, avec quelques potes plutôt artistes, on avait créé un mini groupuscule nihiliste. Un nihilisme plus proche de certains personnages un peu vulgaires et ténébreux de Dostoïevski que des élégantes et lumineuses visions de Nietzsche ! À l’origine, c’était une façon de se démarquer de tous les groupuscules gauchistes révolutionnaires qui essaimaient sur les campus…
10 mai 2018 – Causeur.fr


1968
Les usines à Dole fermaient les unes après les autres. Les bourgeois se prenaient pour des anarchistes, ils voulaient changer le monde, alors que nous, dans les cités, ça faisait déjà un mois qu’on n’avait plus de cigarettes. Moi, je voyais les mecs, les mères de famille vraiment flipper. Ça parlait de guerre civile. A ce moment-là, j’ai choisi de rester avec les miens.
6 décembre 2005 – Libération


Mai 68 finalement, à côté des émeutes de novembre 2005
c´étaient des revendications beaucoup moins tragiques que celles d´aujourd´hui ? Ce n´était qu´une histoire de fantaisistes. Des petits fils de bourgeois qui demandaient la télévision en couleur. Aujourd´hui c´est beaucoup plus compliqué, ce n´est pas seulement économique.
10 Novembre 2005 – Le Mague


Qu’est-ce que c’était, Mai 68 ?
Des fils de bourgeois qui, tout à coup, parce que c’était la mode, se sont mis à défiler dans la rue et à se dire anarchistes. Décemment, je ne pouvais pas adhérer à ça. Il me suffisait de regarder chez moi : à cause de cette histoire, la boîte de mon père allait fermer et il allait être chômeur. Je voyais bien comment ça se passait dans les milieux ouvriers. Mai 68, ce n’était pas une révolution prolétarienne. Affectivement je ne parvenais pas à accrocher. Aujourd’hui, pourtant, je continue à avoir un sentiment pour Daniel Cohn-Bendit, parce qu’il vieillit bien, parce que je le trouve quelque part poétique. En plus, il a un look ! De temps en temps, je me dis que si Morrison avait vieilli un peu, il aurait pu ressembler à Cohn-Bendit !
Octobre 1998 – Chorus


68 ?
J’en ai rien à foutre ! Je n’ai pas participé à mai 68. Il y avait des grèves de trois mois dans les milieux ouvriers mal payés. Et ces fils de bourgeois qui mettaient dans la merde les prolos, des soi-disant anarchistes.
Janvier 1988 – Sur la même longueur d’onde n°22