Friedrich SCHILLER (1759-1805)

Johann Christoph Friedrich Schiller est un poète dramaturge allemand né le 10 novembre 1759 à Marbach.

Les sergents-recruteurs me jouent le jour de gloire

En 1764, son père, ancien chirurgien militaire devenu officier recruteur, est muté à Ludwigsburg. Fortement soumis à l’idéal piétiste de sa mère et à la forte personnalité du pasteur Moser de Lorch, Friedrich entreprend en 1767 des études de théologie au lycée classique de Ludwigsburg où il excèle.

J’ai fait la queue dans les petits coins pervers
Avec ma réduction étudiant-militaire

Le duc Charles-Eugène de Wurtemberg le remarque et l’intègre dans sa prestigieuse académie militaire, la Hohe Karlsschule, située au château de la Solitude près de Stuttgart, grâce à laquelle il espère former une élite d’officiers et de fonctionnaires. Comme fils d’officier, Friedrich y recevra l’instruction gratuite, mais il doit renoncer à étudier la théologie pour faire du droit puis de la médecine.

Dans ce drame un peu triste.
Où meurent tous les Shakespeare

Ses intérêts personnels le portent surtout vers la poésie ; il découvre l’oeuvre de Shakespeare et se plonge dans la lecture d’un grand nombre d’auteurs allemands et étrangers, malgré l’interdiction formelle de lire imposée aux élèves. Il sera notamment très ému par sa lecture du Werther de Goethe.

Je crache dans ma tête les vapeurs d’ammoniac
D’un sturm und drang sans fin au bout du never been

Un récit de Schubart, écrit dans le goût du Sturm und Drang, mouvement allemand à la fois politique et littéraire, précurseur du romantisme, lui fournit le thème de son premier drame, “Les Brigands”, sur lequel il a commencé à travailler dès 1777, écrivant la nuit en cachette à la lumière d’une chandelle volée. Il fit passer dans son texte toute sa révolte et sa colère si longtemps contenues.

Le 14 décembre 1780, il quitte l’école avec la fonction de médecin militaire. Affecté à un régiment de grenadiers à Stuttgart, il publie anonymement “Les Brigands”, salué le 24 juillet 1781, par un article du Journal des savants d’Erfurt : «Si nous devons attendre un Shakespeare allemand, c’est celui-là.»

En janvier 1782, L’intendant du théâtre de Mannheim fit transférer l’époque de l’action au XVème siècle afin de ne pas effaroucher le pouvoir politique en place mais dévoila l’auteur. Le public ne s’y trompa pas ; le succès fut énorme.

Villon prisonnier de la tour
Qui s’ra ton charles d’orléans

En juillet, Schiller fut mis quinze jours aux arrêts par le duc pour s’être rendu sans autorisation à deux reprises à une représentation de sa pièce à Mannheim. Interdit de publier autre chose que des écrits médicaux, Friedrich Schiller déserte en septembre 1782. Endetté, peu soigné de sa personne, il mène pendant deux ans une existence des plus précaires. Schiller n’ayant pu tenir son engagement de fournir trois pièces par an, son contrat passé avec le directeur du théâtre de Mannheim est rompu le 31 août 1784.

En 1785, Schiller se lie d’amitié avec la famille de Christian Gottfried Körner à Dresde. Les conditions matérielles sont désormais plus faciles. Il écrit son fameux poème “L’Ode à la joie”, que Beethoven mettra en musique pour terminer sa IXe symphonie. En 1788, il écrit les Dieux de la Grèce et rencontre Johann Wolfgang von Goethe qui l’aide à décrocher une place de professeur d’histoire et philosophie à Iéna. Il rencontre également sa future femme, Charlotte von Lengefeld qu’il épousera en 1790.

Parfums de fièvre jaune
De cyanure et d’ozone

En 1791, sa condition physique se détériore notamment par des accès de fièvre que ses médecins assimileront à une fièvre catarrhale. Intéressé par la philosophie de Kant, il se réfugie dans le monde de la pensée, un monde d’idées, de sentiments, d’émotions qu’il sent bouillonner et fermenter en lui. Le 26 août 1792, à Paris, l’Assemblée nationale législative confère à Schiller le titre de citoyen d’honneur de la République française suite à ses nombreux écrits contre les tyrans ; il ne l’apprendra qu’en 1798.

Agenouillée dans l’existence
Tu m’encourageais à écrire

En 1794, Goethe le pousse à écrire pour le journalisme satirique. En 1795, Schiller termine une trilogie en vers, “Wallenstein”, basée sur les évènements de la Guerre de Trente Ans. Elle sera considérée comme son chef d’oeuvre. 1797 est l’année où, ayant engagé une amicale joute poétique avec Goethe, il compose ses plus célèbres Ballades.

En 1799, de retour à Weimar, Schiller et Goethe prennent la direction du théâtre de la Cour grand-ducale qui se place très vite à la pointe de la scène théâtrale allemande, permettant une renaissance du genre dramatique. Anobli en 1802, Friedrich von Schiller se consacre désormais à la traduction d’oeuvres de Shakespeare et de Racine en Allemand.

Il meurt de la tuberculose le 9 mai 1805, à l’âge de quarante-cinq ans, sans avoir pu achever son Demetrius.