LAUTRÉAMONT (1846-1870)

Lautréamont, de son vrai nom Isidore Lucien Ducasse, est né le 4 avril 1846 à Montevideo (Uruguay).

T’es comme une godasse d’émigrant
Au milieu d’un bouquet fané

A l’âge de 20 mois, à la suite du suicide supposé de sa mère, il est élevé par son père, diplomate français en Uruguay. Leurs relations sont difficiles. De fait, il commence ses études chez les jésuites avant d’être envoyé en internat, à l’âge de 13 ans, dans le Béarn natal de son père, où il étudie notamment la Rhétorique et la Philosophie. Lorsqu’il obtient son baccalauréat en 1865, il est décrit comme un élève “éteint”.

En 1867, il rend une ultime visite à son père en Uruguay avant de s’installer dans une modeste chambre d’hôtel à Paris pour se consacrer à la lecture et l’écriture. Il travaille avec acharnement, lit Dante, les poètes romantiques et les romans noirs anglais. Il profite des nuits pour rythmer ses phrases au son du piano de l’hôtel, au grand dam des autres locataires.

Ils ont cru s’enivrer des chants de Maldoror
Et maintenant ils s’écroulent dans leur ombre animale

En 1868, il fait paraître à compte d’auteur et sous l’anonymat le premier des six Chants de Maldoror. Le 10 novembre, il en envoie un exemplaire à Victor Hugo. Le recueil complet, signé cette fois du comte de Lautréamont, est publié en Belgique durant l’été 1869 mais passe totalement inaperçu.

Jouant sur le réalisme et le fantastique, ce récit limite épique, rédigé en prose poétique, expose les aventures déroutantes de Maldoror, une sorte d’anti-héros qui s’attache “à peindre les délices de la cruauté” au gré de ses métamorphoses successives.

Lautréamont meurt à Paris le 24 novembre 1870, âgé de 24 ans, dans des circonstances jamais élucidées (la ville est alors assiégée par les troupes de la IIIe république). Selon ses biographes, il serait mort phtisique.

Méconnu par ses contemporains, ce sont surtout les Surréalistes, par la voix d’André Breton ou Julien Gracq, qui redécouvriront son œuvre, séduits par la violence de sa poésie novatrice, conduite aux marges de la folie et de la mort.

Et les ptérodactyles me jouaient du trombone
Au quatorzième sous-sol quarante-deuxième couloir
Où les anges déchus sous un ciel de carbone
Aux heures crépusculaires sodomisent les miroirs